Vingt ans après, cap sur les trente-deuxièmes ?

Mis en ligne le 3 décembre 2023 - Temps de lecture : 5 minutes.

Le Racing va disputer en ce mois de décembre un huitième tour de coupe de France, évènement devenu rare qui lui permettra de rêver d'une qualification en trente-deuxièmes de finale... qui serait une première depuis vingt ans !


Image du dernier 1/32ème, contre Toulouse à Colombes en 2004, qui s'était soldé par une défaite 3-1 malgré une belle prestation des racingmen (photo Allez Racing !!!)...
Ils étaient plus de sept-mille clubs amateurs inscrits en Coupe de France cette saison, ils ne sont plus qu'une soixantaine toujours en lice dans le huitième tour préliminaire qui se tiendra le weekend du 10 décembre, et qui déterminera les qualifiés pour la partie principale de l'épreuve - celle où entrent en jeu les derniers exempts : les clubs de Ligue 1.

Depuis sa qualification acquise sur le terrain de l'US Laon au septième tour, le Racing est donc du lot de ces "survivants" qui vont se disputer une place pour ce qui est un peu le Graal de tous les amateurs : ces fameux trente-deuxièmes de finale, à partir desquels on peut rêver de croiser un adversaire de l'élite - l'occasion de défier une de ces équipes dont on voit des images toutes les semaines dans les journaux et à la télévision, de se mesurer à des joueurs stars ou internationaux peut-être, et de s'offrir en tout cas un sympathique coup de projecteur.

Du temps de sa splendeur en version RC Paris professionnel, et même de sa tentative de retour au premier plan en version Matra, le Racing a compté parmi ces "gros", que les "petits" rêvaient justement de recontrer en coupe. Avec ses cinq trophées remportés, il fait d'ailleurs partie des grands spécialistes de l'épreuve - seuls le PSG, l'OM, St-Etienne et le LOSC en ont plus. Mais tout cela appartient au passé aujourd'hui, et cela fait maintenant plus de trente ans - depuis la finale perdue de 1990 et l'abandon du championnat professionnel qui s'en est suivi - que le Racing ne joue plus en coupe pour essayer de ramener la sixième, mais bel et bien comme les milliers d'autres équipes anonymes des quatre coins de la France, pour juste aller le plus loin et s'offrir si possible l'émotion de rencontrer un club pro.

Les ciels et blancs version "championnat amateur" post-Matra ont réussi trois fois à atteindre ces trente-deuxièmes pendant les quinze premières années ayant suivi la chute de 1990, ce qui est pas mal, et sont même allés une fois jusqu'en quarts, ce qui est remarquable ! Ils ont les trois fois achevé leur parcours de la façon idéale, contre une équipe de l'élite : étant battus par Auxerre en 1994 (en quarts), par Monaco en 2000 et Toulouse en 2004 (en trente-deuxièmes).

Depuis la dernière élimination contre les joueurs de la cité des violettes, le Racing n'est toutefois plus jamais sorti des tours préliminaires : cela fait donc aujourd'hui vingt ans d'absence dans la partie principale de la coupe - c'est un "record", il ne l'avait jamais manquée plus de six saisons d'affilée avant (de 1966-1967 à 1971-1972 inclus, et encore 1973-1974 à 1978-1979) ! Vingt longues années, au cours desquelles le club et ses fidèles n'ont donc pas pu vivre cette petite part de rêve que constitue le tirage au sort des trente-deuxièmes - et des tours suivants le cas échéant - et la grosse part qu'amène une affiche contre une Ligue 1. Vingt années d'éclipse, ponctuées de surcroit par deux exclusions de l'épreuve qui font évidemment tâche dans l'histoire du club : une dès le départ de l'édition 2005-2006 en application d'une sanction de la DNCG, l'autre en cours de saison 2019-2020 suite à des incidents sur le Choine au quatrième tour contre Torcy ayant conduit la Fédération à évincer les deux clubs.

Le Racing n'y est pas encore à ces trente-deuxièmes, devant donc essayer d'y gagner sa place dans quelques jours, dans ce huitième tour. Mais déjà ça, c'est une petite fête... Et même ça, c'est une rareté ! Les ciels et blancs n'ont en effet atteint cette dernière marche avant les trente-deuxième que deux fois au cours de mêmes vingt années : en 2012 où il s'est fait sortir par Amiens, et en 2018 où c'est cette fois sur Schilttigheim qu'il a buté. Ses espoirs d'aller plus loin se sont brisés les deux fois chez un adversaire évoluant une division au dessus de lui en championnat. Il va cette fois se déplacer encore, mais chez un adversaire hiérarchiquement inférieur : l'AS Villers-Houlgate, pensionnaire de National 3. Sur le papier, le Racing a donc plus de chances de passer ce coup là, mais cela n'est bien sûr en rien une garantie de le faire, et il faut se garder de toute confiance exagérée - ce qui est le meilleur moyen de connaître une grosse déconvenue. La victoire très difficile acquise au tour précédent à Laon - grâce à un penalty dans les derniers instants - qui évolue plus bas en R1, est là pour l'illustrer. Gare au match piège à Villers, contre une équipe et un public normand qui seront sans nul doute surmotivés, et ont le même rêve d'aller en trente-deuxième, d'autant plus fort qu'il s'agirait pour eux du premier de leur histoire - ce huitième tour étant par ailleurs leur second seulement.

Pour en arriver là, l'AS Villers-Houlgatte n'a jusqu'ici rencontré - et éliminé - que des adversaires de rang inférieur ou égal à elle : une D2, trois R1 et une N3. Le Racing lui-même n'a affronté que des équipes de championnat régional, et une N3 : Sainte-Geneviève (clin d'oeil de l'histoire, la dernière fois qu'il a croisé les essonniens en coupe, c'est en 2003-2004 quand il est allé en trente-deuxièmes : un heureux présage ?). En Championnat de N3, Villers-Houlgatte fait un début de saison très satisfaisant, étant actuellement à la sixième place de son groupe (et potentiellement à la troisième ayant un match en retard), lui qui est promu (il était en R1 la saison passée) et connaît en fait sa première expérience à l'échelon national des compétitions. Le moment est donc doublement exceptionnel pour le club normand, qui outre ce huitième tour évolue pour l'instant en championnat au plus haut niveau de son histoire.

Les joueurs et dirigeants locaux ont de quoi être sur un nuage actuellement, et ce match sera assurément une fête pour tout le monde, qu'on espère belle quelque soit le vainqueur (en ayant bien entendu une préférence pour un camp). Avec des racingmen qui espéreront retrouver la phase principale de la coupe, qui est la place naturelle du club (au vu de son passé) et manque à ses fidèles, mais serait cependant une première pour la plupart des joueurs. Et des Normands qui espèreront eux continuer à marquer l'histoire de leur club. Sans probablement avoir l'impression d'en écrire déjà une page spéciale en défiant pour la première fois un quintuple vainqueur de l'épreuve - mais cela fait malheureusement un moment que l'aura du Racing a disparu, notamment auprès des jeunes générations qui n'ont jamais vu le maillot ciel et blanc à la télévision, et pas (ou très peu) entendu parler du RCP...

Au vu de ces vingt ans d'attente - pour l'instant - ce match à Villers-Houlgatte sera le grand évènement de cette fin d'année (dont on espère qu'il sera suivi par d'autres beaux moments en coupe en 2024). Même s'il ne sera pourtant pas forcément le match le plus important sportivement pour le Racing en décembre, qui est peut-être plutôt la réception en championnat du leader boulonnais une semaine plus tard. Il y a un mois à peine, quand les ciels et blancs étaient seconds du classement et dans la roue de Boulogne, cette affiche se profilait comme l'occasion en cas de succès de se relancer sérieusement dans la course à la montée en National, enjeu bien plus stratégique pour le club... Mais plusieurs résultats négatifs depuis - combinés à des victoires de Boulogne - ont renvoyé l'équipe au milieu de tableau, à douze longueurs du leader et... trois seulement d'avance sur le premier relégable. Les données ont donc changé : le Racing en cas de succès réduirait à peine un gros écart au classement et ferait seulement renaître un espoir ténu d'aller recoller à la course pour le National dans la seconde partie de saison. Mais un résultat négatif ferait a contrario peser la menace de n'avoir qu'un ou aucun point d'avance sur le premier relégable (selon les autres résultats) au moment des fêtes, et de les passer donc en situation bien inconfortable - avec une perspective moins agréable pour la suite : la bataille pour le maintien - enjeu autrement plus primordial pour le club. Mais ceci est une autre histoire : place, en attendant ce match important contre Boulogne, à la parenthèse enchantée de la coupe...