Des matches amicaux contre le RC Roubaix aux finales de championnat

Mis en ligne le 11 janvier 2023 - Dernière mise à jour le 3 décembre 2023 - Temps de lecture : 4 minutes.

Plusieurs décennies avant son opposition annuelle contre Arsenal au profit des invalides de guerre, le Racing a connu un premier match-tradition qui a perduré une dizaine d'années, et s'est surtout transformé de façon imprévisible en rivalité nationale en compétition. L'adversaire n'était alors pas une équipe étrangère mais une formation provinciale, ce qui à la fin du dix-neuvième siècle - quand ces oppositions ont pris place - était un peu la même chose, en termes de temps de déplacement et de "dépaysement sportif" (les championnats étant régionaux donc distincts). Il s'agissait du Racing Club de Roubaix, qui a été un des grands clubs de football de l'USFSA, a rejoint le professionalisme dans les années 30 comme notre Racing, et a participé après la seconde guerre à la fusion nordiste ayant donné naissance au fameux CO Roubaix-Tourcoing...

L'histoire

Lors de sa première saison en 1896-1897, le Racing a commencé par disputer des matches amicaux contre des équipes voisines, puis a disputé le championnat de Paris (qui s'appelait encore championnat de France même s'il était limité à des participants de la capitale). Son premier match amical en province s'est déroulé durant l'hiver à Roubaix, à l'invitation du Racing Club local, créé en 1895 et qui était en mal d'adversaires, étant seul dans sa ville. La venue du RCF était un évènement pour lui et un gros défi sportif, non que les ciels et blancs - qui avaient moins d'un an d'existence - soient déjà considérés comme des cadors, mais ils participaient au premier championnat officiel dont les résultats étaient suivis dans les journaux, et les quelques équipes pratiquant alors en région, si elles ne pouvaient le rejoindre, voulaient s'étalonner contre ses représentants aguerris. Le match déboucha sur une victoire des locaux, assez inattendue. A son issue, un banquet était comme il se doit prévu, au cours duquel les deux délégations fraternisèrent, et où le capitaine ciel et blanc demanda bien sûr à jouer une revanche. Celle-ci se tient après un mois sur les installations du Racing, et fut à nouveau remportée par les nordistes, qui eurent droit aux éloges de la presse pour cela. Avant et après la rencontre furent organisés différentes activités collectives (une visite de Paris en voiture notamment), qui scellèrent l'amitié naissante entre les deux clubs. On convint de se retrouver la saison suivante... et voilà comment une tradition était née !

Pendant dix saisons, ils organisèrent sans faute leurs retrouvailles, à raison d'un match à Roubaix chaque saison, et occasionnellement d'un autre à Paris. On trouva une date réservée pour celui dans le Nord, qui se tint plusieurs fois à Noël. En fait de match, il y en avait même plusieurs, puisque qu'on a souvent fait s'opposer les équipes premières, secondes, voire troisièmes des deux clubs à ces occasions.

La suite en compétition

Mais ce qui rend cette première histoire de tradition particulière, c'est le développement qu'elle a eu en compétition, que personne ne pouvait anticiper à son lancement... Les deux Racing ont en effet remporté leur premier titre de champion régional la même année, en 1902, et se sont retrouvés ensuite opposés en finale du championnat de France. L'amitié qui liait les deux équipes n'a pas été sans conséquence sur cette finale, qui s'est jouée dans un esprit de fair play exemplaire, qui a valu aux deux Racing des félicitations officielles du bureau national de l'USFSA (alors que les matches à enjeu commençaient déjà à générer des dérives regrettables - violence sur le terrain, non respect de l'arbitre...).

Cette affiche en finale du championnat de France se répéta comme tout le monde le sait trois autres fois, en 1903, 1907 et 1908, devenant de fait le premier "classico" du football français, avec quatre éditions seulement mais qui représentaient à leur l'époque la moitié des finales nationales jouées, et restera pour toujours le duel le plus fréquent vu en finale du temps de l'USFSA. Avec cette originalité que durant les trois années intercalées entre ces quatre classicos (1905, 1906, 1907), l'affiche s'est tenue quand même deux fois en finale de la coupe nationale, qui était la compétition des équipes secondes !

La fin de la tradition

Côté amical, le dernier match annuel eut lieu en 1906, puis la tradition s'arrêta ensuite. Non que les clubs se soient fâchés ou qu'une décision formelle d'y mettre fin fut prise. Mais probablement simplement parce qu'au bout de dix ans, l'intérêt de ce match s'était estompé, parce que le développement du football avait démultiplié les possibilités de matches amicaux (Roubaix, qui était tout seul dans son coin en 1896-1897, avait maintenant un championnat, des tas d'adversaires autour de lui, et de multiples sollicitations en tant que multiple champion de France), et que l'histoire d'amitié qui était née en 1896-1897 s'estompait logiquement au fil du temps avec les départs des acteurs concernés...

Cette tradition eu tout de même une conclusion méritée, quand Roubaix organisa un tournoi international pour le quinzième anniversaire de sa naissance, en 1911. Le club nordiste, qui était alors le club le plus prestigieux en France en termes de palmarès (cinq fois champion de France USFSA) invita deux équipes anglaises, pour affronter deux équipes françaises : lui-même bien sûr, et le second choisi fut le Racing. Ce choix symbolisait bien en quoi que les ciels et blancs avaient été un élément de l'histoire des roubaisiens (et vice-versa). Les deux Racing perdirent en demi-finale contre leurs homologues d'outre-Manche, et se retrouvèrent ainsi opposés en petite finale, qui fut remportée par les locaux.

Le RC Roubaix en demi-finale de coupe 1932...

Quelques autres matches eurent lieu dans les années 20 et 30, en amical puis dans le championnat professionnel, mais ce n'étaient plus les mêmes acteurs ni le même contexte... On notera quand même qu'on est passé à côté d'une belle histoire en 1932 quand le Racing s'est fait éliminer par surprise contre Cannes en demi-finale de la coupe, l'empêchant de rejoindre en finale le RC Roubaix, et lui redisputer un trophée national trente ans après la première fois en 1902 et vingt-quatre après la dernière en 1908...

Sources des informations : presse de l'époque.